LE DIALOGUE INTÉRIEUR, UN VOYAGE VERS LE SOI

Le Dialogue Intérieur est une démarche de connaissance de soi. Une exploration des énergies qui nous animent, nous habitent. Ces énergies sont à la source de nos pensées, de nos émotions, de nos sensations corporelles. Elles sont, en quelque sorte, le moteur de nos comportements.

Trois concepts-clé : se comprendre, s'accepter, s'aimer.

J'aimerais souligner d'entrée que, pour moi, ce travail, bien que basé sur la psychologie et l'aide que celle-ci peut apporter, n'a pas pour but premier de changer la personne, comme l'on retaillerait à coups de ciseaux un costume qui ne serait plus à notre goût. L'être humain n'est pas une pâte à modeler, n'est pas un objet, mais quelqu'un à respecter. Nous sommes sensibles, vivants et les coups de ciseaux font mal ! C'est, au contraire, une investigation où l'on fait l'expérience de soi, tel qu'on est. La compréhension qui s'en dégage sera la condition première à l'éclosion de l'amour de soi. Ce qui ensuite nous transforme, spontanément, c'est cet amour, et non pas nos efforts pour être différents. Se comprendre, c'est s'aimer. S'aimer ouvre la porte à aimer l'autre, dans la mesure où l'on reconnaît en lui notre semblable. Le Dialogue Intérieur est un processus qui facilite cette prise de conscience. Il n'est pas uniquement destiné à ceux qui se sentent des problèmes, mais à toute personne aspirant à mieux se connaître.

Je vais essayer, de mon mieux, d'éclairer sous divers angles, cette manière de se découvrir. J'aimerais souligner que le Dialogue Intérieur prend en compte l'ensemble de la personne, dans sa dimension à la fois humaine et cosmique. Il contribue à nous révéler l'ampleur de notre potentiel, nous remet en contact avec le sens de notre vie, avec notre être, dans sa hauteur et sa profondeur, nous rend à nous-mêmes. Ce faisant, il nous dévoile aussi une relation à l'autre complètement différente. Chacun y est considéré comme un microcosme, contenant tout ce que l'univers contient. C'est une recherche globale, où l'on apprécie conjointement les sensations corporelles, les vécus émotionnels, ainsi que les images et pensées véhiculés par le mental. En apprenant ainsi à percevoir consciemment l'énergie qui nous anime, nous explorons ce qui nous habite, nos relations à autrui et également nos dimensions transpersonnelles, si nous le désirons.

Les origines.

C'est une méthode qui a été créée par un couple de psychologues américains, Hal Stone, (PhD en psychologie clinique UCLA, puis études à l'Institut JUNG Los Angeles ) et Sidra Stone (PhD en psychologie Université de Maryland ). Après plus de vingt ans de pratique thérapeutique, ils ont élaboré - particulièrement depuis 1979 - la "théorie de la psychologie des subpersonnalités" et des "schémas d'ancrage" et le travail du Dialogue Intérieur. Ils l'ont fait d'abord ensemble, à l'écoute de leur processus personnel, puis dans de nombreux séminaires. Ils ont publié trois excellents livres.

Quelques définitions : les subpersonnalités, les complexes, les énergies.

Le Dialogue Intérieur, dans la forme spécifique que Hal et Sidra Stone lui ont donnée, est donc une technique d'exploration psychique récente, puisqu'elle date des quinze dernières années. Elle se rattache à la psychologie des subpersonnalités. Par subpersonnalités, l'on entend différents schémas d'énergie qui ont chacun une dynamique propre. Par leurs interactions, ils constituent notre personnalité, ce dont nous disons : "mais, cela c'est moi !".

C'est un concept très proche de ce que la psychanalyse appelle "complexe". Un complexe peut être défini comme un ensemble de sentiments et de comportements associés, généré par un vécu antérieur auquel on est resté fixé. Au cours de la vie, lorsque des circonstances analogues se rejouent, il y a réactivation des énergies liées à l'expérience passée et répétition des comportements associés. Nous agissons et réagissons ainsi, sans avoir conscience de ce qui nous motive. La différence entre "complexe" et subpersonnalité, c'est surtout que cette dernière implique une dimension plus humaine et plus concrète. La notion abstraite, le mécanisme, sont reconnus comme une personne, ce qui sera la base de l'amour, du respect et de la simplicité nécessaires à cette approche.

Le Dialogue Intérieur est essentiellement un travail énergétique. L'expression verbale et l'évocation des évènements vécus, ne sont là que pour mieux comprendre les énergies qui les sous-tendent. Le Petit Larousse nous dit : "énergie, du grec "energeia", force en action". Par énergie, j'entends, en effet, tout ce qui nous meut ou nous émeut, nous freine, nous limite, nous propulse ou nous bloque d'une manière ou d'une autre. L'énergie dans cette définition sous-tend tout ce que nous percevons comme expression de vie, ou comme retrait de la vie, dans notre personnalité.

L'éventail de nos subpersonnalités : un Conseil tribal.

Essayons de prendre une image concrète qui illustre comment en Dialogue Intérieur s'articulent les subpersonnalités qui incarnent nos énergies. Le Dialogue Intérieur pourrait être comparé à un Conseil tribal, dont les membres se rassemblent pour partager, tour à tour, leur vécu et leur point de vue. Certains sont bien connus, d'autres plus discrets, d'autres enfin sont des parents lointains, parfois même des étrangers ou des ennemis, - en vertu des détours de l'histoire -, mais que l'on a cependant invités à participer au Conseil.

En américain, le Dialogue Intérieur s'appelle "Voice Dialogue", "Dialogue de Voix". Ces voix sont celles de ce Conseil tribal. Elles se divisent en plusieurs groupes. Il y a d'abord le groupe des voix puissantes, qui forment ce que les jungiens appellent la "persona", c'est-à-dire, la manière dont nous nous montrons à autrui, dont nous fonctionnons et nous adaptons au sein de la famille et de la société. Il y a là les subpersonnalités qui expriment nos mécanismes de défense, notre façon de maîtriser les circonstances, de développer nos capacités, de nous protéger et d'éviter au maximum les souffrances. Nous rencontrerons ainsi notre Régisseur qui veille au grain, souvent accompagné de l'Activiste qui nous pousse à faire davantage, appuyés par le Perfectionniste qui exige le "toujours mieux" et par notre Critique intérieur qui met le doigt sur nos moindres faiblesses. Nous verrons encore notre Guerrier, notre Voix professionnelle, notre Législateur qui édicte les règles auxquelles nous nous plions. Nous rencontrerons la voix qui nous incite à plaire, pour assurer l'amour et l'accord d'autrui, ou, au contraire, celle qui crie sa colère, sa révolte, ou celle encore qui se tait, pour ne pas accentuer le conflit. Ce sont souvent des voix parentales, éducatrices, qui ont leur source dans nos schémas familiaux, qui à la fois nous structurent, nous limitent et nous jugent, dans le but de nous mettre à l'abri.

Derrière cet ensemble de voix puissantes et familières, il y a les voix vulnérables qui sont, pour la plupart, nos voix d'enfant : l'enfant blessé, fragile, souvent prisonnier et muet, l'enfant rebelle, l'enfant coupable; mais aussi l'enfant joueur, l'enfant aimant, l'enfant magique et sa créativité, avec leur monde de spontanéité, de sensibilité, de fraîcheur.

Et puis, il y a le groupe des voix reniées ou voix d'ombre, voix refoulées, inconnues ou subconscientes, jugées pour des raisons éthiques et qui ressemblent comme des frères à ceux que nous jugeons dans le monde extérieur : voleurs, menteurs, assassins, stupides, ignorants, primitifs, malades, étrangers, ceux qui sont les victimes de nos purifications ethniques et de nos guerres. Niées en nous, nous les projetons sur autrui, nous condamnons et détruisons, au dehors, ceux que nous n'avons pu comprendre et intégrer, au dedans.

Il y a encore les voix archétypales, porteuses d'empreintes communes à l'humanité; ce sont les énergies personnifiées par les dieux de nos mythologies, les héros de nos légendes, les personnages de nos contes qui font aussi partie de notre univers intérieur. Enfin, il y a les voix transpersonnelles, qui expriment en nous le divin, voix de l'âme, voix de sagesse. L'éventail des subpersonnalités est immense et l'on peut aussi dialoguer avec les voix de nos rêves, de nos douleurs corporelles, de nos maladies, avec la voix de la vieillesse ou de la mort ou avec celle de nos inspirations et de nos intuitions. Ce concert de voix est l'expression de nos subpersonnalités.

L'adaptation, une mutilation de nous-mêmes.
Le "Critique intérieur", le"Perfectionniste".

Nous vivons dans une inconscience relative, parfois importante, laquelle entraîne une profonde méconnaissance de nous-mêmes et le rejet de tout ce qui en nous a, - en un temps donné, et surtout dans l'enfance -, menacé notre adaptation. Pour être aimés, acceptés, pour être reconnus, conquérir une identité et nous faire une place dans notre contexte, nous avons dû sélectionner, d'une manière souvent draconienne, les énergies et comportements que nous pouvions nous permettre. Nous avons dû montrer la face utile et acceptable de nous-mêmes, former une "équipe de représentants officiels" surveillée par un "Critique intérieur" et un "Perfectionniste" qui, impitoyablement, dénoncent tout ce qui n'est pas compatible avec l'orientation admise. Si ce tandem devient trop puissant, il peut nous faire perdre toute estime de nous-mêmes et cette dévalorisation systématique peut nous pousser dans la dépression et des comportements autodestructeurs.

Sans aller si loin, même si nous restons équilibrés, conscients de nos atouts, ces pressions empoisonnent notre vie quotidienne : prenons un exemple, féminin en l'occurrence. Avec le printemps, les premiers beaux jours, notre "Critique intérieur" fait une crise : "est-ce que tu t'es vue, ce pli ici, ce bourrelet là et cette pâleur qu'on dirait maladive!". Tout est détaillé, de l'unique cheveu blanc au moindre défaut de la peau, en passant par l'ensemble de la garde-robe. Vite l'aérobic, le régime, le solarium ! Et cela se déroule de la même manière, que l'on soit une actrice célèbre pour sa beauté, ou une simple mortelle. Cela peut prendre des proportions qui nous réduisent au désespoir et nous convaincront que nous ne sommes ni assez jeunes, ni assez féminines, ni assez aimables... pour être même dignes d'être regardées. Nous perdrons confiance en nous.

Pour satisfaire à des exigences familiales, culturelles, sociales, religieuses, nous en devenons les esclaves. Nous nous faisons violence, nous favorisons certaines facettes au détriment de toute une cohorte d'êtres, qui en nous vivent cachés. Nous finissons par devenir "quelqu'un d'autre". En réprimant notre Vulnérabilité, en désavouant notre Ombre, nous nous privons d'une grande partie de notre originalité, de notre créativité. Parfois aussi, dans le contexte d'une épreuve, ceux qui vivent en nous, ainsi reniés, inconnus, réduits à la portion congrue, font irruption, explosent et détruisent ce que nous avons construit avec peine, remettent en question notre vie familiale, nos convictions et nos acquis. Les énergies bloquées sont source de maladies, de douleurs du corps et de l'âme, de crises existentielles. Leurs irruptions nous surprennent, lorsque nous sommes restés inconscients de ces forces captives, ou lorsque nous les avons délibérément rejetées.

L'enfant vulnérable, coeur fragile de notre forteresse.

Pour Hal et Sidra Stone, le Dialogue Intérieur a commencé de façon très simple et très personnelle. Après leur rencontre, tous deux s'engagèrent dans une interrogation très poussée de leur processus relationnel. Cette démarche confirma pour eux, ce qui les avait déjà frappés dans leurs pratiques respectives : à savoir le rôle primordial que joue notre vulnérabilité dans tous nos problèmes, réactions et conflits.

Un jour, alors qu'ils en discutaient, Hal eut l'idée de proposer à Sidra de prendre une place et de prêter voix à sa partie vulnérable. Il raconte comment, étonné, il se retrouva en face d'un très petit enfant, dans toute sa réalité, replié sur lui-même, pré-verbal, incapable de communiquer, en mots, sa souffrance. Les concepts de "subpersonnalité", de "complexe", leur étaient évidemment familiers. Par contre, que ceux-ci puissent se manifester comme une vraie personne, comme un enfant avec toutes les caractéristiques énergétiques de son âge, les surprit complètement. Cette découverte fut le point de départ du Dialogue Intérieur. Une subpersonnalité a tous les attributs d'une personne, - elle est une personne -, et doit être comprise comme telle, si l'on veut bénéficier de ce travail. Elle a une énergie spécifique, que l'on peut reconnaître lorsqu'elle nous emplit, nous habite. Interrogée sur ce qu'elle sent, elle se définit par un âge, un sexe, des sensations corporelles et des sentiments qui lui sont propres. Elle a ses idées, ses espoirs, ses craintes, ses souffrances et un rôle bien précis dans notre vie.

L'enfant intérieur est le coeur fragile et sensible, autour duquel se structure l'éventail des subpersonnalités puissantes. Ces dernières constituent ce que nous appelons notre ego, notre mode de fonctionnement et d'adaptation consciente à l'environnement. Lorsque nous naissons, arrive un petit être qui n'a pas encore d'identité formée, qui ne sait pas vraiment se distinguer de sa mère, qui n'a pas encore d'ego. Ce petit être, dépend, pour survivre, physiquement et psychiquement, des soins et de l'amour de son entourage.

Incapable encore de s'aider lui-même, l'enfant va donc développer les stratégies qui pourront lui assurer l'amour et les soins indispensables à sa survie, et les comportements par lesquels il évitera d'être blessé. C'est pour protéger ce noyau délicat de l'être, nu et sans défense, que nous émanons tout le groupe des subpersonnalités puissantes et rejetons dans l'ombre leurs opposés. Nous ne pourrons, cependant, faire l'économie de toutes les blessures, loin de là. Le petit enfant subsiste au fond de nous, mais peu à peu, nous le masquons par des protections toujours plus élaborées.

Si la vie nous est dure, les tactiques qui mettent à l'abri l'enfant vulnérable finissent par ressembler à des murs qui nous emprisonnent. Nous devenons une forteresse, au centre de laquelle vit un enfant, dont nous avons perdu conscience, occupés que nous sommes à assurer sa défense du haut des remparts. Nos subpersonnalités puissantes sont programmées, en effet, comme des défenseurs. Chaque fois qu'une flèche atteint ou menace notre enfant, ils se portent au-devant de l'attaquant, ou font le mort, la victime pour l'éloigner, ou pactisent avec lui, dans l'espoir de l'adoucir.

Mais, pendant que nous parons au plus pressé, l'enfant intérieur reste isolé, privé d'amour et d'attention. Ainsi, faute de relation, il n'évolue guère et nos stratégies se répètent, invariablement les mêmes. Souvent, nous ne nous apercevons pas que devenus adultes, nous ne sommes plus si inexpérimentés, si exposés, qu'autrefois. Nous ne réalisons pas notre aptitude à parenter cet enfant intérieur, ni que notre force, notre autonomie, pourraient rendre superflus des murs si hauts et si bien défendus. Le Dialogue Intérieur est une invitation à cette découverte, une invitation à transformer notre forteresse en jardin, et à y ressusciter à la fois un enfant heureux et la richesse de notre sensibilité, dont il est le dépositaire.

Développer un témoin intérieur, un "ego conscient".

Ces prises de conscience, seront le fondement de ce que l'on appelle, en Dialogue Intérieur, "le processus de l'ego conscient". Cet "ego conscient" sera, en quelque sorte, notre Jardinier, réaménageant, avec sagesse, notre écologie intérieure, lui restituant son naturel et sa vivacité.

Le Dialogue Intérieur se pratique à deux. Il y a celui qui chemine dans sa recherche et, en face, celui qui l'accompagne. La personne qui prend la session est appelée à devenir l'axe du Conseil tribal, le centre du futur Jardin. Là, elle forgera un caractère de témoin, un "ego conscient", qui écoute et regarde, qui donne la parole et accueille l'expression énergétique de chacun des membres du Conseil. De ce poste d'observation, elle apprendra aussi à connaître et à aimer l'enfant vulnérable. Ainsi, "l'ego conscient" pourra, avec le temps, assumer la responsabilité de l'ensemble. Tout au long de la session, il va rester présent - par la conscience - même lorsque la personne facilitée quittera la chaise centrale pour marquer ainsi son entrée dans une supersonnalité.

En anglais, "ego conscient" se dit "aware ego", "ego attentif". En fait, il tend vers, et va incarner, un processus de prise de conscience. Au début, cela n'est encore qu'un concept, une abstraction. Cette dimension, cet état d'être, va se développer au fur et à mesure du travail, se structurer, apprendre à percevoir son énergie propre et se familiariser avec sa tâche de guide, de chef du Conseil, pour reprendre cette comparaison. Sa place est toujours au milieu de ce que l'on pourrait aussi appeler un mandala d'énergies, un mandala de subpersonnalités. C'est là, que la personne commence et termine chaque session. J'aime bien l'image du mandala, car elle illustre qu'en s'engageant dans cette différenciation des énergies, la personne, loin de se déstructurer, de se morceler, se sent devenir, au contraire, un tout, car cette démarche équilibre et met en relation ce qui en nous s'ignorait ou s'opposait.

Entrer dans une subpersonnalité.

Après une prise de contact initiale, la personne va donc quitter sa place centrale et choisir dans la pièce l'endroit que va occuper l'une des subpersonnalités. Chaque énergie aura donc une place distincte. Souvent, au début, notre monde intérieur ressemble à un enchevêtrement de brins de laine, de diverses couleurs et qualités. Peu à peu, l'on démêlera cette pelote de mouvements et d'impulsions dont nous disons: "cela, c'est moi!". L'on dégagera ces brins de laine, ces subpersonnalités qui vont s'ordonner autour de l'axe central.

Lorsque la personne entre dans une subpersonnalité, elle va s'immerger dans les sentiments, les vécus qui se manifestent et traduire, aussi complètement que possible, son registre propre. Elle dira "je", et lorsqu'elle se référera au sujet, elle l'appellera par son prénom. En voici un exemple : Jean se sent envahi par des sensations de colère. La voix "Colère" va choisir une place pour s'exprimer. Elle dira : "je me sens hors de moi" et pourrait ajouter : "c'est rare que Jean me laisse un espace, il craint mes éclats, notamment au bureau. C'est toujours la "Voix conciliante" qui s'adresse au chef du personnel". L'on opère ainsi une sorte de "dédoublement", pour bien marquer la différence.

L'accompagnant va faciliter et soutenir l'expression de la subpersonnalité présente, par ses questions, son interaction, sa propre énergie et sensibilité, qui vont entrer en résonance avec elle. L'on va ainsi partager, pendant un temps qui peut varier de quelques minutes à une heure, ou davantage, l'univers personnel de cette subpersonnalité, lui donner l'occasion de se sentir, de s'identifier au maximum à ce qui l'anime.

C'est un travail qui se vit entièrement dans le présent. Les évènements d'un passé proche ou lointain, qui seront peut-être évoqués, ne le seront que pour mieux éprouver, comprendre, l'énergie qui les sous-tend et par là même mettre en évidence la dynamique psychique qui en résulte. La prise de conscience se fait dans "l'ici et maintenant" des sensations, des émotions et des images qui se présentent. Ensemble, l'on est à l'écoute de leur expression physique et verbale. Cette expression sert à concrétiser ces vécus, à les intégrer. La personne va les dire, les nommer, les décrire. Nommer, appeler par son nom, est une activité créatrice, comme l'illustre la Genèse, qui nous raconte ainsi la création : "Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. Dieu appela la lumière "jour" et les ténèbres, il les appela "nuit". Il y eut un soir, il y eut un matin". Nommer n'est pas anodin, mais signifiant et créateur; cela donne sens et vie aux êtres et aux choses.

A cela s'ajoute tout l'aspect du partage avec les deux témoins que sont "l'ego conscient" - présent par l'esprit - et l'accompagnant. Vivre ce qui nous concerne en face à face, est bien autre chose que de le vivre dans le secret de notre solitude. Souvent, c'est la première fois que quelqu'un est le témoin attentif et aimant de ce qui nous habite ! Le témoin intérieur, le témoin qu'est l'autre, vont devenir le point de référence qui crée ce regard, cette distance qui permettront de construire une relation à soi.

Les polarités.

Au cours de ces interactions avec les subpersonnalités, l'on peut observer que la psyché se manifeste comme un système polarisé, dans lequel nos énergies sont comparables à un faisceau de pôles opposés. Ce que nous connaissons de nous-mêmes ne représente qu'un pôle sur deux et les autres pôles, ceux qui sont subconscients, voire inconscients, s'avèrent contenir une charge contraire, de force égale à celle qui se manifeste dans les pôles conscients.

Ce que l'on appelle refoulement, déni, ombre - et qui constitue le facteur caché de nos réactions - est logé, souvent comprimé, dans ces pôles opposés. L'expérience montre, qu'en vertu de la tension qui existe entre deux pôles, l'on peut basculer aisément - et à notre surprise - d'un pôle dans l'autre. Ceci, à condition d'incorporer d'abord, aussi intensément que possible, l'énergie du pôle habituel, car il y a un effet de balancier. L'on bénéficiera de l'élan dans une direction pour renverser la course et se retrouver de l'autre côté, comme sur une balançoire. Nous en avons l'exemple dans la vie de certains Saints qui - dans un mouvement de conversion - se sont transformés de persécuteurs du Christ, d'hommes de mauvaise vie, en hommes de Dieu, comme St. Paul sur le chemin de Damas et St. Antoine.

En Dialogue Intérieur, le but n'est pas de changer de pôle, mais d'utiliser cette loi de l'énergie pour faciliter l'intégration progressive et prudente de cet autre versant de nous-mêmes, resté obscur. Cela contribuera à libérer, en partie, nos élans prisonniers ou inconnus, à diminuer nos blocages. Ainsi, nous nous ouvrons à la diversité, nous nous donnons des choix, nous devenons plus dynamiques, plus créatifs, plus flexibles, nous équilibrons et régénérons la circulation des énergies qui nous animent. Par exemple, sonder le pôle, la subpersonnalité, caractérisés par une certaine impuissance, ouvrira la voie au pôle opposé et nous donnera accès à notre force, sans pour autant devoir renier notre faiblesse. A l'instar de vases communicants, ces deux pôles s'ajusteront : notre puissance sera plus accessible et notre faiblesse en deviendra moins paralysante.

Le rôle de "L'ego conscient", un vase vide, un écran vierge.

Qu'est-ce que "l'ego conscient" ? Quelle est sa fonction ? En un sens, "l'ego conscient" est comparable à un vase vide. Lorsque, dans la vie de tous les jours, une subpersonnalité se manifeste, il y a identification spontanée, involontaire, et souvent inconsciente. Son énergie remplit et colore ce vase, qui deviendra son contenant. Nous ne sommes, alors, plus que colère par exemple, ou méditant, ou envol sur le piano. Dans notre vécu, ces énergies ne coexistent pas, mais se substituent l'une à l'autre, comme un clou chasse le précédent. A chaque fois, toutes nos autres subpersonnalités, l'homme d'affaires, la mère, l'enfant blessé, et ainsi de suite, sont éclipsés, occultés; nous perdons de vue leur existence, leur nature, leurs besoins.

L'on pourrait encore comparer "l'ego conscient" à la neutralité d'un écran de cinéma, sur lequel vont se projeter les séquences de notre vie et les personnages qui les animent. Un film fait suite à l'autre, mais l'écran au-dessous reste blanc, vierge, dans sa nature intrinsèque, comme le vase reste le vase, quel que soit le bouquet. "L'ego conscient" est celui qui englobe toutes nos facettes. En tant que contenant, il est plus vaste que la somme de ses parties et en même temps, il ne se résume à aucune d'entre elles. La succession des énergies qui s'y impriment illustre que tout en nous est changeant et le vase vide, l'écran blanc, illustrent ce qui en nous est conscience immuable. Il y a là une vision qui se rapproche de celle de la spiritualité orientale. Dans le bouddhisme, par exemple, l'on pratique méditation et détachement, en lesquels nos pensées, nos émotions, ne font que traverser un ciel de vacuité. Considéré sous un certain angle, il y a donc aussi une lecture métaphysique du Dialogue Intérieur.

Le processus d'identification. "L'ego conscient" comparé à "l'ego ordinaire".

"L'ego conscient", c'est donc un peu l'expérience du vase vide et de la manière dont il se remplit et se draine à nouveau; c'est la conscience de la succession d'états d'être auxquels nous nous identifions. On en a bien l'exemple, lorsque quelqu'un nous blesse et que nous sommes, pour une fraction de seconde, emplis de désespoir, puis, presque immédiatement, envahis par la colère, puis souvent, il y a un reflux, un déni qui se mue en indifférence. Ce suivi peut être si rapide, que nous n'avons même pas conscience de la blessure de tout-à-l'heure, ni des souffrances afférentes. Et cela, à plus forte raison, si la blessure initiale - celle qui dans un lointain passé marque le premier vécu de l'enfant - est devenue plus ou moins inconsciente. Travailler en Dialogue Intérieur, c'est prendre conscience de ces "enchaînements" (au double sens du terme), redécouvrir leur source vive et ce qui, dans notre vie actuelle, leur redonne perpétuellement naissance.

Plus prosaïquement, l'on pourrait aussi comparer ce qui se passe en nous, à la conduite d'une automobile. La voiture serait symbole de notre vie et la question: "qui donc est au volant ?". Si l'on reprend les identifications successives de l'exemple cité, c'est d'abord "un Enfant blessé" qui conduit, puis "Colère", puis "Indifférence". Cela pourrait être aussi le "Conciliateur", etc. L'ego, au sens ordinaire du terme, est fait de ces mécanismes et structures qui, à notre insu, propulsent au volant de notre vie des conducteurs variés, dans le but de tenir la route à travers les cahots de notre existence. Parmi ces conducteurs, il y en a bien quelques uns qui nous exposent à des accidents ...

"L'ego conscient", par comparaison, ce sera la capacité de reconnaître qui conduit, de diriger lucidement notre véhicule. Cette clarté d'appréciation nous ouvre des alternatives. Plutôt que de rester un jouet des circonstances, nous pouvons évoluer et devenir une personne responsable et lucide, apte à faire des choix, basés sur une réelle compréhension de nous-mêmes.

L'on pourrait dire aussi, que nous sommes comparables à une grande maison d'énergie, qu'habite une communauté, et la question serait : "Qui est là, qui occupe quelle pièce et combien de m2 ? Qui occupe le placard à balais ou la cave ?". Cela me rappelle quelqu'un qui me disait : "en moi, la "femme puissante" est toujours dans l'armoire et la "gentille conciliatrice" vit au salon et à la cuisine".

Honorer tous les dieux.

Hal et Sidra Stone comparent la démarche du Dialogue Intérieur à ce que, dans un contexte mythologique, l'on appellerait : "honorer tous les dieux". Honorer tous les dieux, respecter toutes les voix, c'est pénétrer dans l'enceinte sacrée de notre vie et déposer en chacun de ses temples, devant chaque divinité, - ces symboles, ces archétypes de la nature humaine -, un bouquet de fleurs. C'est prononcer pour chacun une prière de reconnaissance, même si, en dernier ressort, l'on va passer l'essentiel de notre temps auprès de notre divinité protectrice préférée ...

Ne pas procéder ainsi est dangereux. L'histoire, les contes et les mythes le dépeignent de multiples façons. Dans le "Conte de la Belle au Bois Dormant", la 13ème fée, que l'on omet d'inviter, se venge. Elle détruit la vie familiale, la vie quotidienne bien réglée du château, en plongeant la princesse et tout son entourage dans un profond sommeil - image de l'inconscience qui nous tient prisonniers -. Cent ans plus tard, il faudra qu'un prince, investi de toutes les qualités de la maturité, affronte avec courage la haie d'épines qui défend l'accès du château. Il éveillera la princesse par un baiser d'amour.

L'amour de soi, le courage de se faire face, sont le secret de ce travail et de l'éveil qui en résulte. Le Dialogue Intérieur, c'est une rencontre avec soi, sans jugements, sans discrimination, c'est le respect de tout ce qui nous habite, de toutes nos énergies, qu'elles aient été bienvenues ou non dans le passé. C'est honorer qui nous sommes, dans toutes nos facettes, qu'elles soient d'ombre ou de lumière, connues ou inconnues.

Se connaître, s'aimer, c'est aimer l'autre, construire la paix.

Parallèlement à ces découvertes intérieures, nous pourrons commencer à comprendre les "pourquoi" et les "comment" et les souffrances de ceux que, dans le monde, nous jugeons incompatibles ou destructeurs. Nous pourrons aller à leur rencontre, communiquer, apprendre à les aimer. C'est d'un tel amour, basé sur la lucidité et la tolérance, que pourraient naître les transformations qui nous conduiraient à la paix.

L'inscription "Connais-toi toi-même", gravée au fronton du temple d'Apollon à Delphes fut la devise choisie par Socrate. Le Christ, dans le deuxième commandement, nous dit: "Aimes ton prochain, comme toi-même". Loin d'être une démarche égoïste, la connaissance de soi, l'amour de soi, sont le fondement même sur lequel se construit l'amour des autres. Si je n'aime, ni ne comprends l'étranger, l'enfant abandonné, le destructeur, le législateur, le courtisan qui se côtoyent en moi, comment pourrais-je les aimer et les comprendre, lorsque je les croise dans le monde et que j'entre en conflit avec eux ? La définition de l'égoïsme n'est-elle pas, de privilégier un élément isolé au détriment de l'ensemble ?

Si nous en faisons l'expérience, nous pourrons dire : "je suis le monde, le monde est moi", et nous lierons alors notre bien personnel au bien de tous. Le Dialogue Intérieur nous ouvre à ce partage, à cette communication dont bénéficient toutes nos énergies, et par assimilation tous les êtres.

Comme les hommes s'opposent au dehors, nous sommes divisés au dedans. Souvent, le Dialogue Intérieur commence, lorsque nous nous sentons déchirés par des contradictions incompréhensibles, insolubles. Il y a des moments, où notre réflexion débouche sur une impasse et sur la confusion. Nous prenons alors conscience qu'en nous se mêlent, en apparence inextricablement, l'amour et la haine, la vérité et le mensonge, l'aspiration spirituelle et nos imperfections. Il y a des étapes où nous réalisons, par exemple, que le sourire que nous adressons à nos proches était un sourire obligatoire, qui recouvre une colère et un désespoir, ou un vide, dont nous n'avions pas eu conscience. Nous nous sentirons alors hypocrites, loin de notre vérité, piégés dans nos incompatibilités, séparés de nous-mêmes, ou trahis. Nous entrerons dans le doute, dans une amère auto-critique, ou prononcerons des jugements et des reproches à l'égard d'autrui. Nous nous sentirons inaptes, solitaires, incohérents.

La plupart du temps, notre désir de changement se heurte à notre impuissance. Impuissance à enrayer les difficultés et les destructions qui menacent le monde, impuissance aussi à se transformer soi-même. Nous essayons alors d'écarter, de supprimer, de nier ce qui nous gêne. Le bien-portant ignore ou rejette le malade, le blanc le noir, le civilisé le barbare, et inversement ! Le conjoint se détourne de son partenaire, qui ne le comprend plus. La solution nous paraît être d'effacer, d'éradiquer ce et ceux qui sont différents, car partout nos différences sont source de conflit et de douleur.

Le Dialogue Intérieur nous invite à une approche radicalement autre. Il ne s'agit plus de réformer, mais d'accueillir, il ne s'agit plus de corriger, mais de reconnaître. Petit à petit, dans le vécu des sessions, l'on fait l'expérience d'être écouté, compris, regardé sans jugement, ni de la part de "l'ego conscient", ni de la part de l'accompagnant, qui restent, - dans la mesure humainement possible -, des témoins neutres, en lesquels s'affermissent bienveillance et compassion.

Cet accueil de nous-mêmes, nous ramène à notre exemple du Conseil tribal. Dans les sociétés, dites primitives, ce Conseil va palabrer des jours et des nuits durant, jusqu'à ce que chacun, ait pu s'exprimer et se réexprimer, au fur et à mesure qu'il affine et complète son point de vue, par l'écoute des autres. En fin de compte, les décisions seront prises, à la quasi unanimité, lorsque de cette consultation aura émergé un consensus. C'est à une unification analogue que pourra nous conduire le Dialogue Intérieur.

Le processus de désidentification et la relation à soi-même.

Revenons à ce qui se passe au bout d'une heure ou plus de session, pendant laquelle nous avons fait amplement connaissance d'une subpersonnalité donnée. Après l'avoir remerciée pour tout ce qu'elle a partagé, l'accompagnant l'invite à reprendre position au centre du Conseil, dans ce que l'on appelle "l'ego conscient". Là, commencera un travail de différenciation qui rendra possible la relation à soi. Jusqu'à lors, on avait pris le temps de s'identifier au maximum à la subpersonnalité explorée, maintenant, l'on va essayer de susciter la distance, la désidentification, pour devenir à la fois le témoin et le partenaire de soi-même.

La subpersonnalité est encore présente, par le souvenir de son vécu et de la place qu'elle occupait dans la pièce. La dissociation entre "l'ego conscient" et la subpersonnalité, va s'étayer sous forme de séparation énergétique. L'on observe en quoi - une fois de retour au milieu - on se sent différent, au niveau des sensations corporelles, des émotions, des pensées, de la subpersonnalité que l'on vient de quitter. On la visualise : elle doit prendre corps à nos yeux, être regardée comme une personne distincte, pour laquelle on éprouve certains sentiments; elle doit être perçue clairement, à la fois dans son énergie, son comportement et ses aspirations.

Comprendre notre famille intérieure n'est qu'un premier pas. L'on connaît maintenant les ingrédients qui composent le pain. Nous savons qui a pétri la pâte et comment. Le levain qui la fera lever, la chaleur qui la transformera, c'est l'amour, c'est la relation qui va s'établir entre un ego progressivement plus conscient, et donc dissocié, et les subpersonnalités que notre travail aura mises en évidence. Pourquoi cette relation est-elle si nécessaire ?

Se séparer, une condition de notre accès à la maturité.

Cette nécessité d'une relation prend modèle sur la vie elle-même. Comparons cela au développement de l'enfant. Aussi longtemps que l'enfant est dans le ventre maternel, il y a symbiose, identification à la mère. Il faudra un processus continuel de séparation, qui se concrétise à la naissance et se poursuit tout au long de la croissance, pour qu'une relation s'établisse, au plein sens du terme, entre l'enfant et son environnement.

La séparation est une condition de notre épanouissement, de notre évolution vers la maturité, car c'est elle qui rend possible la relation à la mère et au monde, miroirs à travers lesquels l'enfant se structure, découvre son identité. C'est cela qui fera de lui un adulte autonome, indépendant, capable de donner, d'aimer et de refléter, plus tard, adéquatement ses propres enfants.

La relation à soi, s'assumer.

La relation à soi suit le même chemin. "L'ego conscient", futur adulte du système, doit se démarquer peu à peu des subpersonnalités auxquelles il était identifié, et dont certaines avaient le rôle de parents introjectés. Parallèlement, "l'ego conscient", en devenant attentif à la fragilité, à la souffrance de l'enfant intérieur, pourra commencer à le prendre en charge, devenir en quelque sorte, à son tour, son parent, protéger et aimer ce noyau précieux de l'être. Un enfant qui ne bénéficie pas d'une bonne relation avec une mère qui le reflète, d'une façon juste, avec amour, pourra rester bloqué, à divers niveaux, dans sa progression vers la maturité. De même manière, une subpersonnalité restera bloquée dans son évolution, si l'on ne cultive pas ce témoin, cet ego conscient et différencié, capable de l'aimer et d'entrer en relation avec elle.

Nous rêvons tous de la personne qui nous aimera, nous acceptera sans conditions, tels que nous sommes, avec nos défauts, nos faiblesses et nos limites. Nous projetons cette relation idéale sur nos parents, qui trop souvent ne peuvent qu'échouer face à cette exigence. Et nous leur en voulons ! Cet espoir d'être aimés inconditionnellement est en constante contradiction avec notre expérience. Il est mis en échec par notre éducation, qui a pour tâche de nous adapter à un système familial et social, imparfait et parfois franchement hostile. Plus tard, nous projetons le besoin de cet amour idéal sur nos partenaires, nos conjoints, nos enfants, nos amis qui, pas plus que nos parents, ne pourront l'assumer ou y répondre, et nous vivons alors un cortège de déceptions; souvent, nous nous considérons trahis. Reprendre ses projections, être responsable de soi-même, c'est rendre à nos proches leur liberté, enlever de leurs épaules le poids de nos attentes et de nos blâmes.

Dans ma vision personnelle, il n'y a que deux êtres qui peuvent, d'une certaine manière, combler notre soif d'un amour inconditionnel : Dieu, si nous y adhérons, et nous-mêmes, si nous le voulons bien. Ne sont-ils pas, nos plus proches prochains, habitants de notre coeur, 24 heures sur 24, de la conception à la mort, et peut-être au-delà de l'une et de l'autre ? C'est cette histoire d'amour et de pardon face à soi-même, d'acceptation de nos différences que nous fait vivre le Dialogue Intérieur.

La "Vision lucide", devenir un spectateur, un méditant.

Nous avons vu, qu'en fin de session, après avoir éclairé, par le dialogue, la nature d'une subpersonnalité, et fait connaissance également, le cas échéant, avec l'énergie du pôle opposé, la personne se rassied au centre, dans "l'ego conscient". Là, nous avons séparé l'énergie de "l'ego conscient" de l'énergie de la subpersonnalité.

Pour appuyer ce processus, il y a une dernière phase qui va compléter notre travail. La personne va se placer à côté de l'accompagnant, c'est-à-dire en face de tout ce qui se sera déroulé pour elle pendant la session. Elle sera une spectatrice, une auditrice, sans autre tâche que d'être le témoin détaché du film de sa vie. Elle regardera la place de "l'ego conscient", celle des "voix" qui ont participé, et écoutera, sans intervenir, le récit que va lui faire l'accompagnant. Celui-ci retracera pour elle les étapes parcourues, lui en dépeindra le vécu. Cette dernière position est celle dite de la "Vision lucide".

Elle est importante, car elle contribue au lâcher prise, au détachement, et soutient la compassion que l'on développe pour ce qui nous habite. Il y a là bien des points communs avec ce que vit et cultive le méditant, qui, dans le silence et l'immobilité, laisse défiler sans les investir, les images qui le traversent, attentif seulement à demeurer dans sa qualité d'être, sans jugement et sans attaches.

Le Dialogue Intérieur : un processus d'épanouissement de la conscience.

Aujourd'hui, la recherche scientifique met en évidence que l'homme est à la mesure de l'univers, ne faisant que confirmer ce que croyaient les Anciens. Dans la "Table d'Émeraude", par exemple, il est dit : "ce qui est en bas est comme ce qui est en haut", entendant, je crois, que l'homme est à l'image de Dieu et contient dans sa finitude toutes les caractéristiques de l'infini. J'y vois une parenté avec la découverte qu'une seule cellule de notre corps contient l'information de l'ensemble, dans son code génétique. Peut-on imaginer que la connaissance de l'univers pourrait, elle aussi, être déduite d'une seule cellule, d'un seul atome ?

Un corps se construit lorsqu'une première cellule se divise et ainsi de suite. Il y a multiplication, puis différenciation, puis relation entre les cellules, agencées en système, puis conscience de cela, et enfin, cette merveille qu'est un être complet, doué d'intelligence. Certains physiciens proposent qu'un ordre impliqué sous-tend l'univers et donne un sens et une direction à des éléments qui se divisent et s'assemblent, formant sans cesse de nouvelles structures. Le processus de la conscience pourrait bien évoluer de façon analogue, en séparant et connectant les éléments que contient notre psyché, en nous remodelant à travers une relation toujours neuve, à nous-mêmes et à l'autre. Le Dialogue Intérieur est bien à cette image.

Mais on a peu l'habitude de pratiquer ou même d'imaginer ce que peut être une relation à soi. Nous sommes trop identifiés. Comme quelqu'un qui poserait son nez sur la page de son livre, nous ne pouvons nous lire de si près. Voir clair demande de la distance. Aimer aussi : espace, séparation qui garantissent, dans un véritable amour, la liberté de chacun. Cela sera ressenti comme une bouffée d'air frais dans le cachot des prisonniers intérieurs. L'oiseau retrouvera ses ailes, l'enfant vulnérable l'étonnement d'être, sa joie et ses larmes, sa spontanéité.

Nous contenons chacun toutes les énergies, et donc toutes les personnes qui peuplent cette planète. Les comprendre, les aimer en nous, c'est aussi les comprendre et les accepter ailleurs. C'est savoir établir avec elles cette relation qui, d'un étranger, d'un ennemi, d'un inconnu, fera un frère.

Copyright © 1994
Adelheid Oesch
Tout droits de reproduction réservés.

BIBLIOGRAPHIE: Aux Éditions Le Souffle d'Or

Hal et Sidra Stone :
" Le Dialogue Intérieur"
" Les Relations source de croissance"
" Votre critique intérieur : ennemi ou allié"
"L'alliance amoureuse" Ed. Le Jour 2001

Sidra Stone:
"Le patriarche intérieur: êtes-vous sûre d'en être libérée ?" 1998

Adelheid Oesch :
"L'Arche du Coeur, la multiplication par l'Un" 1999
Tome I : Du "Dialogue Intérieur" au silence intérieur. Conte initiatique
Tome II : Manuel d'Exercices, le "Dialogue Intérieur", clé d'une conscience unifiée